ÉCRITES A UN
DOCTEUR DE SORBONNE
à l'occasion de la Comete qui parut au mois de decembre 1680
I
Occasion de l'Ouvrage.
Vous aviez raison, Monsieur, de m'écrire que ceux qui n'avaient pas eu la commodité de voir la Comete, pendant qu'elle paraissait avant le jour, sur la fin de Novembre et au commencement de Decembre, n'attendraient pas longtems à la voir à une heure plus commode; car en effet, elle a commencé à reparoitre le 22 du mois passé, dés l'entrée de la nuit; mais je doute fort que vous ayez eu raison de m'exhorter à vous écrire tout ce que je penserois sur cette matiere, et de me promettre une repense fort exacte à tout ce que je vous en ecrirois. Cela va plus loin que vous n'avez cru: je ne sai ce que c'est que de mediter regulierement sur une chose: je prens le change fort aisement: je m'écarte trés-souvent de mon sujet: je saute dans des lieux dont on aurait bien de la peine à deviner les chemins, et je suis fort propre à faire perdre patience à un Docteur qui veut de la methode et de la régularité partout. C'est pourquoi, Monsieur, pensez y bien: songez plus d'une fois à la proposition que vous m'avez faite. Je vous donne quinze jours de terme pour prendre votre derniere résolution. Cet avis et les voeux que je fais pour votre prosperité dans ce renouvellement d'année sont toutes les etreines que vous aurez de moi pour le coup.
Je suis votre, etc.
A.., le 1 de janvier 1681.
II
Puis qu'après y avoir bien pensé, vous persistez à vouloir que je vous communique les pensées qui me viendront dans l'esprit en meditant sur la nature des Cometes, et à vous engager à les examiner regulierement, il faut se resoudre à vous écrire. Mais vous souffrirez, s'il vous plait, que je le fasse à mes heures de loisir et avec toute sorte de liberté, selon que les choses se présenteront à ma pensée. Car pour ce plan que vous souhaitteriez que je fisse dés le commencement, et que vous voudriez que je suivisse de point en point, je vous prie, Monsieur, de ne vous y attendre pas. Cela est bon pour des Auteurs de profession qui doivent avoir des veües suivies et bien compassées. Ils font bien de faire d'abord un projet, de le diviser en livres et en chapitres, de se former une idée generale de chaque chapitre et de ne travailler que sur ces idées là. Mais pour moi qui ne pretens pas à la qualite d'Auteur, je ne m'assujettirai point, s'il vous plait, à cette sorte de servitude. Je vous ai dit mes manieres: vous avez eu le tems d'examiner si elles vous accommoderaient: âpres cela si vous vous en trouvez accablé, ne m'en imputez point la faute, vous l'avez ainsi voulu. Commençons.
III
Que les presages des Cometes ne sont appuyés
d'aucune bonne raison.
J'entens raisonner tous les jours plusieurs personnes sur la nature des Cometes, et quoi que je ne sois Astronome ni d'affect ni de profession, je ne laisse pas d'étudier soigneusement tout ce que les plus habiles ont publié sur cette matiere, mais il faut que je vous avoue, Monsieur, que rien ne m'en parait convaincant, que ce qu'ils disent contre l'erreur du peuple, qui veut que les Cometes menacent le Monde d'une infinité de désolations.
C'est ce qui fait que je ne puis pas comprendre comment un aussi grand Docteur que vous qui, pour avoir seulement predit au vray le retour de notre Comete, devrait étre convaincu que ce sont des corps sujets aux loix ordinaires de la nature et non pas des prodiges, qui ne suivent aucune regle, s'est neantmoins laissé entrainer au torrent et s'imagine avec le reste du monde, malgré les raisons du petit nombre choisi, que les Cometes sont comme des Herauts d'armes qui viennent declarer la guerre au genre humain de la part de Dieu. Si vous étiez Predicateur, je vous le pardonnerais, parce que ces sortes de pensées étant naturellement fort propres à étre revetues des plus pompeux et des plus pathétiques ornemens de l'éloquence, font beaucoup plus d'honneur à celui qui les debite et beaucoup plus d'impression sur la conscience des Auditeurs, que cent autres propositions prouvées demonstrativement. Mais je ne puis goûter qu'un Docteur qui n'a rien à persuader au Peuple et qui ne doit nourrir son esprit que de raison toute pure, ait en cecy des sentimens si mal soutenus et se paye de tradition et de passages des Poetes et des Historiens.
IV
De l'autorité des Poëtes.
Il n'est pas possible d'avoir un plus mechant fondement. Car, pour commencer par les Poëtes, vous n'ignorez pas, Monsieur, qu'ils sont si entêtez de parsemer leurs Ouvrages de plusieurs descriptions pompeuses, comme sont celles des prodiges et de donner du merveilleux aux aventures de leurs Heros, que pour arriver à leurs fins ils supposent mille choses étonnantes. Ainsi bien loin de croire sur leur parole que le bouleversement de la Republique Romaine ait été l'effect de deux ou trois Cometes, je ne croirais pas seulement, si d'autres qu'eux ne le disaient, qu'il en ait paru en ce tems là. Car enfin il faut s'imaginer qu'un homme qui s'est mis dans l'esprit de faire un poëme s'est emparé de toute la Nature en même temps. Le Ciel et la Terre n'agissent plus que par son ordre; il arrive des Eclipses ou des Naufrages si bon lui semble; tous les Elements se remuent selon qu'il le trouve à propos. On voit des armées dans l'air et des Monstres sur la terre tout autant qu'il en veut; les Anges et les Démons paraissent toutes les fois qu'il l'ordonne; les Dieux mêmes montez sur des machines se tiennent prêts pour fournir à ses besoins et comme, sur toutes choses, il luy faut des Cometes à cause du prejugé ou l'on est à leur égard, s'il s'en trouve de toutes faites dans l'Histoire, il s'en saisit à propos; s'il n'en trouve pas, il en fait lui même et leur donne la couleur et la figure la plus capable de faire paroitre que le Ciel s'est interessé d'une maniere tres distinguée dans l'affaire dont il est question. Apres cela qui ne rirait de voir un tres grand nombre de gens d'esprit ne donner, pour toute preuve de la malignité de ces nouveaux Astres, que le terris mutantent regna Cometen de Lucain; le regnorum eversor, rubuit lethale Cometes de Silius Italicus; le nec diri toties arsere Cometae de Virgile; le nunquam terris spectatum impune Cometen de Claudien et semblables beaux dictons des Anciens Poëtes ?
V
De l'autorité des Historiens.
Pour ce qui est des Historiens, j'avoue qu'ils ne se donnent pas la liberté de supposer ainsi des Phenomènes extraordinaires. Mais il paroit dans la pluspart une si grande envie de reporter tous les miracles et toutes les visions que la credulité des Peuples a autorisées, qu'il ne serait pas de la prudence de croire tout ce qu'ils nous debitent en ce genre là. Je ne sai s'ils croyent que leurs Histoires paroitroient trop simples, s'ils ne meloient aux choses arrivées selon le cours du monde quantité de prodiges et d'accidens surnaturels; ou s'ils esperent que par cette sorte d'assaisonnemens qui reviennent fort au goût naturel de l'homme, ils tiendront toujours en haleine leur Lecteur, en lui fournissant toujours de quoi admirer; ou bien s'ils se persuadent que la rencontre de ces coups miraculeux signalera leur Histoire dans le temps à venir; mais, quoi qu'il en soit, on ne peut nier que les Historiens ne se plaisent[1] extrêmement à compiler tout ce qui sent le miracle. Tite-Live nous en fournit une forte preuve, car quoi que ce fust un homme de grand sens et d'un genie fort elevé et qu'il nous ait laissé une Histoire fort approchante de la perfection, il est tombé neantmoins dans le defaut de nous laisser une compilation insupportable de tous les prodiges ridicules que la superstition Payenne croyoit qui devaient étre expiez, ce qui fut cause, à ce que disent[2] quelques uns, que ses ouvrages furent condamnés au feu par le Pape St Grégoire. Quel desordre ne voit on pas dans ces grands et immenses Volumes, qui contiennent les Annales de tous les differens Ordres de nos Moines, où il semble qu'on ait pris plaisir d'entasser sans jugement et par la seule envie de satisfaire l'émulation ou plutot la jalousie, que ces Societez ont les unes contre les autres, tout ce que l'on peut concevoir de miracles chymeriques ? Ce qui soit dit entre nous, Monsieur, car vous savez bien que pour ne pas scandaliser le Peuple, ni irriter ces bons Peres, il ne faut pas publier les defauts de leurs Annales, nous contentant de ne les point lire.
Je m'etonne[3] que ceux qui nous parlent tant de la sympathie qu'il y a entre la Poesie et l'Histoire, qui nous asseurent sur la foy de Cicéron et de Quintilien que l'Histoire est une Poesie libre de la servitude de la versification, et sur le témoignage de Lucien que le vaisseau de l'Histoire sera pesant et sans mouvement, si le vent de la Poesie ne remplit ses voiles; qui nous disent qu'il faut étre Poete pour étre Historien et que la descente de la Poesie à l'Histoire est presque insensible, quoi que personne n'ait entrepris jusques icy de passer de l'une à l'autre, je m'étonne, dis-je, que ceux qui nous apprennent tant de belles choses, sans savoir[4] qu'Agathias a été successivement Poete et Historien et qu'il a cru par là ne faire autre chose que de traverser d'une patrie en une patrie, n'ayant pas appréhendé de fournir un beau pretexte aux Critiques, de reprocher aux Historiens qu'en effet ils ont une sympathie merveilleuse avec les Poetes et qu'ils ayment aussi bien qu'eux à rapporter des prodiges et des fictions. Heureux ces deux excellens Poetes, qui travaillent à l'Histoire de Louis le Grand, toute remplie de prodiges effectifs, car sans donner dans la fiction ils peuvent satisfaire l'envie dominante qui possede les Poetes et les Historiens de raconter des choses extraordinaires !
Avec tout cela, Monsieur, je ne suis pas d'avis que l'on chicane l'autorité des Historiens; je consens que sans avoir égard à leur crédulité, on croye qu'il a paru des Cometes tout autant qu'ils en marquent et qu'il est arrivé, dans les années qui ont suivi l'apparition des Cometes, tout autant de malheurs qu'ils nous en raportent. Je donne les mains à tout cela: mais aussi c'est tout ce que je vous accorde et tout ce que vous devez raisonnablement pretendre. Voyons maintenant à quoi aboutira tout cecy. Je vous defie avec toute votre subtilité d'en conclurre, que les Cometes ont été ou la cause ou le signe des malheurs qui ont suivi leur apparition. Ainsi les témoignages des Historiens se reduisent à prouver uniquement qu'il a paru des Cometes et qu'en suitte il y a bien eu des desordres dans le monde; ce qui est bien éloigné de prouver que l'une de ces deux choses est la cause ou le pronostic de l'autre, à moins qu'on ne veuille qu'il soit permis à une femme qui ne met jamais la tète à sa fenetre, à la rue Saint Honoré, sans voir passer des Carrosses, de s'imaginer qu'elle est la cause pourquoi ces Carrosses passent, ou du moins qu'elle doit étre un presage à tout le quartier, en se montrant à sa fenêtre, qu'il passera bien tôt des Carrosses.
VI
Que les Historiens se plaisent fort aux digressions.
Vous me direz sans doute que les Historiens remarquent positivement que les Cometes ont été les signes ou même les causes des ravages qui les ont suivies et par conséquent que leur autorité va bien plus loin que je ne dis. Point du tout, Monsieur, il se peut faire qu'ils ont remarqué ce que vous dites, car ils aiment fort à faire des reflexions et ils poussent quelquefois si loin la moralité, qu'un Lecteur, mal satisfait de les voir interrompre le fil de l'histoire, leur dirait volontiers, s'il les tenait, riservate questo per la predica. L'envie de paroitre savans, jusques dans les choses qui ne sont pas de leur metier, leur fait aussi faire quelquefois des digressions trés mal entendues; comme quand Ammian Marcellin[5], à l'occasion d'un tremblement de terre qui arriva sous l'Empire de Constantius, nous debite tout son Aristote et tout son Anaxagoras; raisonne à perte de veüe; cite des Poetes et des Théologiens, et à l'occasion d'une éclipse de soleil arrivée sous le meme Constantius, se jette[6] à corps perdu dans les secrets de l'Astronomie, fait des leçons sur Ptolomée et s'écarte jusques à philosopher sur la cause des parelies. Mais il ne s'ensuit pas pour cela que les remarques des Historiens doivent autoriser l'opinion commune, parce qu'elles ne sont pas sur des choses qui soient du ressort de l'historien. S'il s'agissait d'un Conseil d'Etat, d'une Negociation de paix, d'une bataille, d'un siege de ville, etc., le temoignage de l'Histoire pourrait étre decisif, parce qu'il se peut faire que les Historiens ayent fouillé dans les Archives et dans les instructions les plus secretes et puisé dans les plus pures sources de la verité des faits. Mais s'agissant de l'influence des Astres, et des ressorts invisibles de la nature, Messieurs les Historiens n'ont plus aucun caractere autorisant et ne doivent étre plus regardez que comme un simple particulier qui hazarde sa conjecture, de laquelle il faut faire cas selon le degré de connaissance que son Autheur s'est acquis dans la Physique. Or, sur ce pied là, Monsieur, avouez moi que le temoignage des Historiens se reduit à bien peu de chose, parce qu'ordinairement ils sont fort méchants Physiciens.
VII
De l'autorité de la Tradition.
Apres ce que je viens de dire, il serait superflu de refuter en particulier le prejugé de la Tradition, car il est visible que si la prevention où l'on est de tems immemorial, sur le chapitre des Cometes, peut avoir quelque fondement legitime, il consiste tout entier dans le temoignage que les Histoires et les autres livres ont rendu sur cela dans tous les siècles: de sorte que si ce temoignage ne doit être d'aucune considération, comme je l'ay justifié et comme il paroitra encore davantage par ce qui me reste à dire, il ne faut plus faire aucun conte de la multitude des suffrages qui sont fondez là dessus.
Que ne pouvons nous voir ce qui se passe dans l'esprit des hommes lorsqu'ils choisissent une opinion! Je suis seur que si cela étoit, nous reduirions le suffrage d'une infinité de gens à l'autorité de deux ou trois personnes, qui ayant debité une Doctrine que l'on supposait qu'ils avoient examinée à fond, l'ont persuadée à plusieurs autres par le prejugé de leur merite et ceux cy à plusieurs autres, qui ont trouvé mieux leur conte, pour leur paresse naturelle, à croire tout d'un coup ce qu'on leur disoit qu'à l'examiner soigneusement[7]. De sorte que le nombre des sectateurs credules et paresseux s'augmentant de jour en jour a été un nouvel engagement aux autres hommes de se delivrer de la peine d'examiner une opinion qu'ils voyoient si generale et qu'ils se persuadoient bonnement n'étre devenue telle que par la solidité des raisons desquelles on s'était servi d'abord pour l'établir; et enfin on s'est veu reduit à la necessité de croire ce que tout le monde croyoit, de peur de passer pour un factieux qui veut lui seul en savoir plus que tous les autres et contredire la venerable Antiquité; si bien qu'il y a eu du merite à n'examiner plus rien et à s'en reporter à la Tradition. Jugez vous même si cent millions d'hommes engagez dans quelque sentiment, de la maniere que je viens de représenter, peuvent le rendre probable et si tout le grand prejugé qui s'éleve sur la multitude de tant de sectateurs ne doit pas etre reduit, faisant justice à chaque chose, à l'autorité de deux ou trois personnes qui apparemment ont examiné ce qu'ils enseignaient. Souvenez vous, Monsieur, de certaines opinions fabuleuses à qui l'on a donné la chasse dans ces derniers tems, de quelque grand nombre de temoins qu'elles fussent appuyées, parce qu'on a fait voir que ces temoins s'étant copiez les uns les autres, sans autrement examiner ce qu'ils citoient, ne devoient étre contez que pour un, et sur ce pied là concluez qu'encore que plusieurs nations et plusieurs siecles s'accordent à accuser les Cometes de tous les desastres qui arrivent dans le monde âpres leur apparition, ce n'est pourtant pas un sentiment d'une plus grande probabilité que s'il n'y avoit que sept ou huit personnes qui en sussent, parce qu'il n'y a gueres d'avantage de gens qui croyent ou qui ayent cru cela, âpres l'avoir bien examiné sur des principes de Philosophie.
VIII
Pourquoi on ne parle point de l'autorite des philosophes.
Au reste, Monsieur, voulez vous savoir pourquoy je n'ay pas mis en ligne de conte l'authorité des Philosophes, aussi bien que telle des Poètes et des Historiens: c'est parce que je suis persuadé que si le temoignage des Philosophes a fait quelque impression sur votre esprit, c'est seulement à cause qu'il rend la tradition plus generale et non pas à cause des raisons sur lesquelles il est appuyé. Vous etes trop habile pour étre la dupe de quelque Philosophe que ce soit, pourveu qu'il ne vous attaque que par la voye du raisonnement, et il faut vous rendre cette justice que dans les choses que vous croyez être du ressort de la raison, vous ne suivez que la raison toute pure. Ainsi, ce ne sont pas les Philosophes, en tant que Philosophes, qui ont contribué à vous rendre peuple en cette occasion, puisqu'il certain que tous leurs raisonnemens, en faveur des malignes influences, font pitié. Voulez vous donc que je vous dise en qualité d'ancien Amy, d'ou vient que vous donnez dans une opinion commune sans consulter l'oracle de la raison? C'est que vous croyez qu'il y a quelque chose de divin dans tout cecy, comme on l'a dit de certaines maladies, après le fameux Hippocrate; c'est que vous vous imaginez que le consentement general de tant de nations dans la suitte de tous les siècles, ne peut venir que d'une espece d'inspiration, vox populi, vox Dei; c'est que vous étiez accoutumé par votre caractere de Theologien à ne plus raisonner, dès que vous croyez qu'il y a du mystere, ce qui est une docilité fort louable, mais qui ne laisse pas quelquefois par le trop d'étendue qu'on luy donne, d'empiéter sur les droits de la raison, comme l'a fort bien remarqué Monsieur Pascal[8]; c'est enfin qu'ayant la conscience timorée vous croyez aisement que la corruption du monde arme le bras de Dieu des fleaux les plus epouvantables, lesquels pourtant le bon Dieu ne veut point lancer sur la terre, sans avoir essayé si les hommes s'amenderont, comme il fit avant que d'envoyer le Deluge. Tout cela, Monsieur, fait un Sophisme d'autorité à votre esprit dont vous ne sauriez vous deffendre avec toute l'adresse qui vous fait si bien demeler les faux raisonnement des Logiciens.
Cela étant, il ne faut pas se promettre de vous detromper en raisonnant avec vous sur des principes de Philosophie. Il faut vous laisser là ou bien raisonner sur des principes de pieté et de Religion. C'est aussi ce que je ferai (car je ne veux pas que vous m'échappiez) aprés avoir exposé à votre veüe, pour me dédommager en quelque façon, plusieurs raisons fondées dans le bon sens, qui convainquent de temerité l'opinion que l'on a touchant l'influence des Cometes. Devinez, si vous pouvez, quels sont ces principes de pieté que je vous garde, devinez le, dis-je, si vous pouvez, pendant qu'à mes heures de loisir je vous preparerai une espece de prelude qui roulera sur des principes plus communs.
A..., le 15. de Mars 1681.
NOTES
[1] Quidam incredibilium relatu commendationem parant et lectorem aliud acturum, si per quotidiana duceretur, miraculo excitant. Quidam creduli, quidam negligentes sunt, quibusdam mendacium obrepit, quibusdam placet. Illi non evitant, hi appetunt et hoc in commune de tota natione, quae approbare opus suum et fieri populare non putat posse, nisi illud mendacio aspersit (Senec. Natur. quaest., lib. 7, cap. 16.)
[2] Yoy. Vossius: De Hùtor. Iatir., p. 98.
[3] Le P. Le Moine: Discours de l'Histoire, chap. 1.
[4] Agathias, in princ. Histor.
[5] Ammian Marcell., Histor., l. 17.
[6] Ammian Marcell., Histor., l. 20.
[7] Unusquisque mavult credere quam judicare: nunquam de vita judicatur, semper creditur versatque nos et praecipitat traditus per manus error alienisque perimus exemplis. Sanabimur si modo separemur a coetu. Nunc vero stat contra rationem defensor mali sui populus. (Seneca, De Vita beata, cap. I.)
[8] Pensées de Monsr. Pascal, ch. 5.